L'ensemble des textes qui suivent sont en fait des chansons qui font l'objet, ainsi que les partitions musicales, d'un dépôt Sacem. Quelques-unes figurent sur CD ( enregistrées principalement par le duo Soham ), les autres sont seulement soumises à autorisation préalable. 

Aubade tardive

Si je n'avais pas peur de dire

Que je me meurs d'amour pour toi

Je n'aurais pas eu à écrire

Cette petite chanson-là

Mais les mots cloués dans ma gorge

Ne sortaient pas

C'était l'enfer, c'était la mort, je

N'y tenais pas (bis)

 

Mes idées partaient en cavale

A peine ta porte franchie

Mes bons mots se faisaient la malle

J'étais nu devant toi, transi.

Bien que me retienne la place

Que j'occupais

A saluer l'ange qui passe

Je fatiguais (bis)

 

Malgré tes yeux d'ensorceleuse

A m'arracher tous les aveux

Malgré tes lignes sinueuses

Je repartais toujours, piteux

En me jurant , sans aucun doute,

Qu'au jour suivant

Je pourrais reprendre la route

En conquérant (bis)

 

Alors je viens sans crier gare

Je reconnais ton émotion

J'ai même étudié la guitare

Pour cette aubade à ton balcon.

Que désormais s'ouvrent tes portes

A mon désir...(comment, que dis-tu)?

Que ma chanson qui peu te touche

Vienne à finir

Car l'homme gisant sur ta couche

Voudrait dormir.


Jusqu'à toi

Quand tu courais les chemins

Rien que pour tenir ma main

Nos années avaient un goût

Confiture et amadou.

Je buvais dans tes yeux verts

Un amour à ciel ouvert

Sans pareil

Et le feu qui nous frôlait

Nous inondait à jamais

De soleil.

 

Mais le temps qui va, passant

Et bouscule ses enfants

T'a jetée dans d'autres bras

Cigarettes et chocolat.

Mes caresses en douceur

Ont eu raison de tes peurs

De grandir

Et nos fièvres échangées

Sur le bord d'un bel été

A s'offrir.

 

Depuis le pont des bateaux

 J'ai croisé de grands oiseaux

Et la vie qui bat son plein

En bonheurs et en chagrins

A certainement voulu

Pour que rien ne soit perdu

A mi-voix

Me rappeler qu'aujourd'hui

Mes amours m'ont tout appris

Jusqu'à toi.

Le bernard l'hermite

Quand lassé de la serrer toujours dans mes bras
Quand blasé, ses baisers me seront trop froids
J'irai sur le trottoir d'en face
Pour voir en face l'amour qui passe.
Un jour gris, portrait craché du même jour gris
Il déambulerait, le vieux malappris
De bedonnants badauds badinent
Et le plaisantent sur sa mine

Caché dans les cachtons qu'elle prend pour dormir
Dans tous ses boniments pour mieux s'abstenir
Caché dans les yeux du potage
Où le cœur flotte entre deux âges :
Il a froissé nos draps, nous laissant tout K.O
Il se cale à présent auprès du fourneau
Pour la beauté de notre histoire
Fermons la porte du boudoir.

Tous les caparaçons et carapaces sont
Dans l'incapacité d'offrir protection
A ce fichu Bernard-L'ermite
Qui me squatte et me parasite
J'ai jamais pu rire gras quand aboient les chiens
Ni porter de lunettes en peau de boudin
Et quand je vois le temps qui passe
Je veux écarter la menace
D'un jour me confondre en grimaces
Si un jour l'amour n'est plus rien.

Homme de sable

Je marche, je marche,
Le sable à chaque pas menace de m'ensevelir
Je marche, je marche,
Je sais que désormais je dois refuser de dormir
Ne plus baisser la garde.
Les mouches, les mouches
M'avaient colonisé
Déposant leurs œufs dans mon nez
Et dans ma bouche.

Je cherche, je cherche
Des raisons de chercher à échapper au temps qui tue
Je cherche, je cherche
Dans les bourdonnements le cri de ma voix qui s'est tue
Sans un mot sur la table.
Le sable, le sable
Sous le vent s'est gonflé
Faut-il que l'homme soit sculpté
Comme les dunes ?

Refrain :
Je t'aime, je t'aime
Mais j'ai besoin de temps
Pour aller mes déserts
En solitaire
Poussière
Dans l'univers qui s'en fout bien

J'enrage, j'enrage
De n'avoir pas compris qu'on peut aussi mourir d'espoir
J'enrage, j'enrage
Ma colère me tient debout, érection dérisoire
Pour mes trous de mémoires.
Derrière, derrière
Le fil s'est dévidé
Pourtant j'ai beau me retourner
Plus une trace.

Je guette, je guette
Les premières lueurs d'un petit matin sans à-coup
Je guette, je guette
La source dégorgée qui me mettra sur les genoux
Comme un bonheur suprême.
Je roule, je roule
À l'amour, à la mort
Enchevêtrés en corps à corps
Bien équivoque.

Le plombier, le cafard et la lady

Un cafard
Broyait du noir
D'être mis au placard
Sous la baignoire
D'une lady
Que le temps avait enlaidie.

La lady
On me l'a dit
Un jour se découvrit
Tant enlaidie
Que de chagrin
Elle se jeta dans l'eau du bain.

L'eau coulait
Et débordait
Du palier dévalait
Dans l'escalier
À gros bouillons
Trempant les sols et les plafonds.

Un fêtard
Qui rentrait noir
Voyant sur le trottoir
Comme une mare
Fit le 18
Criant : "Je me noie, venez vite !".

Les pompiers
Prirent pour pomper
Un moteur breveté
Cent fois testé
Aux grandes crues
Qui font trembler Honolulu.

Pas besoin
De ce tintouin
Honolulu c'est loin
Ah ! Quels sagouins
Dit un plombier
Qui passait par là, désœuvré

Or le tuyau
Comme un boyau
Bourré de matériaux
Plutôt triviaux
Cracha d'un coup
Charriant le plombier dans l'égout

Mon histoire
Triste avatar
Prévoyait au départ
Qu'un noir cafard
Et un plombier
Sauvaient un' femm' désespérée

Mais le plombier
Mal tuyauté
Des pompiers trop zélés
Ont liquidé
Mes grands desseins
Précipités dans l'eau du bain.

Les mots d'amour

Les mots d'amour ne sont écrits
Que sur des feuilles volantes
Et mon poème n'est qu'un cri
De peur que tu t'absentes !
De peur que le temps vienne brouiller
Ma lignée de cœur
Du côté de ta main
Que je prends en pensant que demain
Les vents pourront souffler.

Un funambule sur son fil
A perdu l'équilibre.
Après quel bonheur courrait-il
Qui me trouble et me vibre ?
L'amour n'aurait-il pour promenoir
Que ce lien tendu
Entre deux océans ?
Mais tu vis dans l'été d'un sentier
Bordé de noisetiers.

Les mots d'amour sont d'un pays
Aux alchimies étranges
A dégager le bleu du gris
Le cœur de l'alkékenge.
Puissent les saisons marquer le pas
Et puissent mes mots
Ressembler à ces fruits
Que tu croques, attendrie en rêvant
Au bord d'un ciel couchant.

Malentendu

Jugerais- tu inconvenant
Qu'aujourd'hui je te rappelasse
  Derrière tous les mouvements
Il y a celui du temps qui passe ?
"C'est sottise", me dirais- tu
Que de sentir le temps passer
La vie a de telles vertus
Qu'on peut aisément l'oublier.

Pourtant ébahis que nous sommes
Devant un lever de soleil
Il faudrait planifier en somme
Les heur's jusqu'au temps du sommeil
"C'est traîtrise" crânerais- tu
Ma fantaisie vaut tout autant
Qui me fait flâner dans les rues
Sans en devoir de comptes au temps.

Prends garde au temps qui t'accompagne
Celui qui te file le train
Le temps qui jaunit les campagnes
Malmène la rondeur du sein
"Goujaterie, t'écrierais- tu
De rappeler à une femme
Qu'au bout du compte le temps tue
Plus précisément qu'une lame.

Le temps deviendrait-il tabou
Le nommer constituerait-il
Une grosse faute de goût
Ou quelque autre pêché subtil?
De vous à moi, comment lui dire
Lui susurrer avec onction
Qu'en l'attente de son désir
Je protège mon érection ?

Marie

Marie portait des seins de reine
Encanaillés sous un chandail
À la faveur d'humeurs soudaines
J'les voyais rouler sous les mailles !
Mon esprit battant la campagne
Cent fois je les remodelais
Comme des châteaux en Espagne
Alors ils furent dévoilés !
Depuis qu'ils sont sur magazine
Je n'ai plus rien en magasin
Et sous le tissu je devine
Ceux d'la femme de mon voisin.

Elle était fille putative
D'un vieux vicomte apaméen
Ayant fait fortune aux Maldives
Et sous l'enseigne : "Aux trois catins"
En ariégeois qui se respecte
Il avait beaucoup épargné
Et si l'odeur était suspecte
Ses picaillons étaient bien vrais !
Marie avait un compte en Suisse
Et moi j'avais un contentieux
Marie j'veux pas que tu rougisses
On a tous les malheurs qu'on peut.

Marie chantait à perdre haleine
Dans son duplex des beaux quartiers
Moi je cherchais à perdre Hélène
Qui voulait me faire chanter!
Pour le carrément erratique
Et nu que j'étais devenu
Des perspectives domestiques
Vraiment ne me rebutaient plus.
Sans dire que je sois bien aise
D'avoir raccroché mes souliers
C'est du fond de mes charentaises
Que je mitonne mes couplets.

Mina

J'te cherch' partout
Et t'es null' part
En plein mois d'août
C'est le brouillard
J'ai beau courir les places
Et les rues
T'as pas laissé de traces
Disparue...
Mina, Mina...

La plage, le port
Les grands rochers,
Le vent était fort
Sur la jetée
Et après c'est les vagues
Sans fin
Dis-moi qu'c'est un'blague
Qu'tu t'marr's bien
Mina,Mina...

As-tu suivi le vol
Des grands oiseaux
Confondu les gondoles
Et les bateaux ?
Pris pour un voyageur
Le marin
D'un petit caboteur
Cabotin ?
Mina, Mina...

Toujours à regarder,
C'que tu n'as pas
Sans jamais profiter
De ce que tu as !
Tu peux tailler ta route
Et ta vie
Si j'avais quelques doutes
C'est fini
Mina, Mina...

Voilà que tu débouches
Et tes bras
Et tes yeux et ta bouche
Contre moi !
Que je me sens petit
Tout-à-coup
Quand tu me tends ce li-

Vre de Cadou.
Mina, Mina...

Sous l’œil de la lune

Revers de fortune

J'ai plus trop de thunes

Pour te faire rêver

Montons sur la dune

Nous verrons la lune

De beaucoup plus près !

Prenons les bagages

Et notre courage

A deux mains pour le chemin.

 

Mais mater la lune

Du haut d'une dune

C'est pas très varié.

Il s'avéra qu'une

Fois vu les lacunes

De nos grands projets.

Flemme de descendre

Les chemins de cendre

Nous finîmes par rester.

 

Refrain :

Sous l’œil de la lune

Qui compte ses thunes

En matant la dune, la dune

Sous l’œil de la lune

Je cherchais fortune

De quoi rêver

 

La brise opportune

Soufflant des lagunes

Chaude et veloutée

Sans pudeur aucune

Dans sa toison brune

Vint me cheviller.

A trois pas des ondes

Sur le toit du monde

L'amour a un de ces goûts.

 

2ème refrain :

Sous l’œil de la lune

Qui compte ses thunes

En matant la dune, la dune

Au creux de tes dunes

Se nichent des fortunes

À craquer?

Chasse aux fantômes

 À l'aube de mes trente-six berges
Durement frappé de gamberge
Je voudrais brûler quelques cierges
Afin que reposent mes morts.
Exorciser de ma vie d'homme
L'éclat de quelques vieux fantômes
Venus me susurrer en somme
Qu'il est passé mon âge d'or.

 

Elle avait une pauvre mine
Malgré sa parure d'hermine
Et sa flambante limousine
Dans une rue d'Acapulco.
Pas moins de deux années entières
Dura ce voyage à Cythère
Fini pour cause pulmonaire
Je repartis sur mon radeau.

 

Tout droit venue des antipodes

Fringale d'amour pour seul code

Ses caresses étaient si chaudes

Que je fondis à son contact.

Tant d'insolence en un corsage

Emut très fort le voisinage

Qui vint lui rendre ses hommages

Je me retirai avec tact.

 

J'ai cru découvrir la synthèse
De Paola et de Thérèse
En une fille au goût de fraise
Ce qui ne suffit pas toujours.
Dans le grand cœur de Bénédicte
Point de rancœur ni de vindicte
Mais de maux sourds que l'on édicte
En discours triste sur l'amour.

Cassons les effets dramatiques
Pour le moins que je vous indique
Ces quelques couplets exotiques
Vraiment ne me ressemblent pas.
Mes amours furent ordinaires
D'aucuns risqueraient roturières
Je craignais qu'il n'y ait pas matière
À m'exprimer sur ce point-là.

 

Ils plient, écartent, foulent et cassent

Les croquenots du temps qui passe

Laissant parfois de telles traces

Qu'elles vous occultent le soleil.

Au regard de mes heures grises

Femme comme nulle autre exquise

C'est celle qui fait sa valise

Sans déranger votre sommeil.


.

Demain

Tu recevras peut-être
Ces mots acheminés sur le dos des oiseaux
Remontant fleuves et ruisseaux.
Au bord de ma fenêtre
La mer vient papoter les rumeurs des océans
Me livrer des secrets troublants
Me livrer des secrets troublants.

Dans les replis d'une île
J'ai trouvé des hivers métalliques et sourds
Qui prennent le sang à rebours
Et bien loin de nos villes
Des soleils plus ardents que les armes des rois
À la mesure de mes joies
À la mesure de mes joies.

Refrain:
Mais plus je me démène
En luttes incertaines
Plus loin le temps m'entraîne
Plus le temps me broie.

Si c'était à refaire
Et si ma vie n'était après tout qu'un brouillon
Un scénario en confection
Je serais sagittaire
Et crèverais l'espoir vénéneux, inhumain
Qui vous fait compter sur demain
Demain, demain, toujours demain.

Refrain :
Quel beau mois de septembre
Je dégourdis mes membres
Qui piaffent et se cambrent
Je n'attends plus rien.

Drôle de jeu

Négligemment
Tu fais courir le sécateur
Sur le fil blanc
De nos amours
Un jour partant, un jour venant
Un jour avec et un jour sans.

Refrain :
La vie en dérapages
Un coup tu meurs, un coup tu danses
Ça vous fait des ravages
Dans le velours par imprudence !

Des regards
Pas tirés de l'eau des fontaines
Des traquenards
Où s'abîmer.
Soudainement des océans
Des vagues et des poissons dedans.

Des mots durs
Comme le fil d'Excalibur
Blindée surgis
D'un soir d'été !
Demain des mots comme des phares
À faire fondre les blizzards.

Tu confonds
Avec ce bel adolescent
Chaleur sauna
Cul dans la neige
Ne souffle pas le chaud et froid
Que notre amour s'enrhume pas.

Petit' chanson

Dans mes chaussures à lanières
Je me déplace sans bruit
Tout le chemin qui est derrière
Je l'ai fait pendant la nuit
Et celui qui reste à faire
C'est pour la prochaine nuit.

Refrain:
Petit' chanson pour ne rien dire
Pas besoin d'ameuter les gens
Cherchez pas des grands sentiments
À fair'pleurer les chtimidinettes
À faire pleurer dans les cassettes
Petit' chanson pour ne rien dire.

Je marchais un jour en ville
Sagement sur le trottoir
Et je vous la donne en mille
J'ai failli ne pas le voir
Le cousin de l'oncle Émile
Qui revenait de Dakar.

Le soleil se lève à l'Est
Sauf les matins de brouillard
Le soleil se couche à l'Ouest
Et ça n'est pas par hasard
Mais pour les deux vers qui restent
Je préfère arrêter là.

Refrain :
Petit' chanson pour ne rien dire
Pas besoin d'ameuter les gens
Cherchez pas des grands sentiments
Car à chanter sur ré-la-mi
J'ai la guitare qui s'ennuie
Et le délire somnolent.

Rêve-Bonbon

Quand un oiseau
Plane dans les grands yeux
De Marylou
C'est du rêve-bonbon

A croquer
Une coulée d'azur
Où se noyer.
Mais le plomb a fusé
De l'eau noire des marais
Où la vie est calée à hauteur de roseau
Et le vol de l'oiseau
Désinvolte et troublant
S'est rompu sans un bruit.

Quand un refrain
Passe à portée de voix
De Marylou
C'est du rêve-bonbon

A croquer
Une coulée d'azur
Où se noyer.
Mais le chant s'est enflé
Pathétique et brûlant
Dans les longs corridors D'une ville endormie
El le vent  dispersa
Dessus les océans
La rumeur de ces mots insoumis.

Quand un soleil
S'accapare les joues
De Marylou
C'est du rêve-bonbon
À croquer
Une coulée d'azur
Où se noyer.
Quand l'acier a surgi
D'un cartable fleuri
Pour un rien, pour un mot,
Une coulée de mots
Et le temps d'un éclair
C'est la vie qui fout camp
Sous l’œil mort
Des passants.

Quand un soleil
S'accapare les joues
De Marylou
C'est du rêve-bonbon
À croquer.

Et pour demain, on fait comment ?

Télévision

T'es malheureux, t'as plus un rond
Tu traîn's tes guêtres dans le béton
Chez toi y'a mêm' plus rien à boire
On te fait plus d'ardoise au bar
Tu croises un' boît', tu tap's dedans
Tu croises un chien, tu tap's dedans
Le temps te tue à petit feu
Tu tues le temps comme tu peux.
Tes rêves ils ont sautés d'la tour
Un jour où y avait plus d'amour
Qu'elle est partie sans dire un mot
Ta dernièr' journée de noulot
T'as vraiment pillé le jackpot
C'est ce que t'ont lâchés les potes
Avant de tournoi les talons
Faut pas risquer la contagion.

Mais tu viens d'où, toi ?
Branche la télévision !

T'inviteras la mort à table
Les coulées d'boue dans ta cuisine
L'incendie au dixième étage
Et les yeux creux de la famine
Sous les avions chirurgicaux
Des corps humains qui se démènent
Si tu cal's pas sur ton Royco
Tu peux toujours changer de chaîne.
Un train déraille à Bilbao
Et dégringol' dans un ravin
En regardant bien la photo
T'as même reconnu un voisin
Il avait tout pour être heureux
Une famille et des copains
Tu vois que ça va déjà mieux
C'est pas toi qui étais dans le train.

Tes rêves ils donnent dans le gris
D'ailleurs tu rêv' mêm' plus la nuit
Y'a rien derrière, y'a rien devant
Y'a plus de Dieu, y'a plus d'enfant
Te resteraient bien les étoiles
Si y'avait pas ce foutu voile
Au-dessus d'la ville endormie
Quand toi tu tournes dans ton lit.

Mais d'où tu viens, toi ? Branche la télévision !

C'est le grand jour du défilé
Sur la commun' de St-Tropez
Elles arrivent de partout
Paris, Pékin ou Malibu
Les seins ronds comm' du soleil
Le corps doré comm' du bon pain
Ell's avancent, pures merveilles
En s'trémoussant d'un air coquin.
Un monsieur plutôt bien mis
Au volant de sa Ferrari
En invite une à monter
Pour un petit roman d'été.
Démarrage au quart de tour
Le sable vol' tout alentour
T'as vu la coup' de cheveux.
Tout à fait toi mais en plus vieux

Une cage où tourn'nt les boules
C'est le rendez-vous du loto
Tu serais Bachi Ben Bull
T'aurais truqué les numéros
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept
Ils sortent à la queue leu leu
Ca y est, c'est in the pocket
Le sable est blond, la mer est bleue,
Tu t'achète des copains
Une femm' pour ta maison
Un' maîtress' pour ton jardin
Un jardinier pour ton gazon
Un château dans le Midi
Niché sur les hauts de Menton
Et c'est dans ta Ferrari
Qu'tu descends fair' tes commissions.

Trajets et détours

Du côté de Gaillac
Sous les yeux d'un grand black
Lovée dans son hamac
Elle écoutait du Bach
Survint un homme en frac
Bottines et chapeau-claque
Qui hurla "Je te braque !"
Et dessouda son mac.

Ses parents étaient grecs
Importateurs de teck
Et avec leur blanc-bec
N'eurent que des échecs
Toujours sans un kopek
Ils exigeait le nec
Joueuse de rebec
Ou beauté au cœur sec.

Un jour à court de fric
Sous un ciel électrique
Cédant à la panique
Il s'arma de son cric
Ses vieux catégoriques
Refusant ces pratiques
Le mirent c'est tragique
En centre psychiatrique.

Ici, quand tu débloques
On te file des médocs
Et t'es plus qu'une loque
Au fond de ton paddock
La fermeté du doc
Lui causa un tel choc
Que par une nuit glauque
Il se cassa du bloc.

De Gaillac à Montcuq,
Ils firent quelques trucs
Dont restaurer des stucs
Au château d'un vieux duc
Quand vint le mameluk
Qui lui injecta son suc
Sur un cuir de nubuck
Elle écoutait du Gluck.