Ce petit fascicule  a vu le jour en 1997 après 18 mois d'écriture.

De l'ensemble, 37 textes ont été retenus en respectant l'ordre d'arrivée donc en rendant compte d'un itinéraire pour le moins personnel et d'une démarche d'extraction où le verbe attire le verbe , faisant remonter, parfois à l'état brut, le minerai des métaphores.

Le choix de rendre public ce qui au départ était conçu comme un voyage intérieur est le résultat des réactions à la lecture de  textes où certaines et certains ont dit se reconnaître , mes mots servant  l'expression de leur part indéfinissable.

 

Révélation fondatrice de ma position au monde nourrissant encore pleinement mon travail y compris pictural.

 

 

 

Hiver

Les couleurs s'agitent

Et les mots se terrent.

Se taire

Pour dire

C'est au moins aussi bien que

Parler

Pour ne rien dire.

Les mots me fuient

Les images se carapatent

La campagne se rase

Ma compagne me rase

Reste la boule au ventre.

 

L'hiver sera-t-il long

Et les germinations

Puissantes?

Forfait

Dans ma tête vide

Les trous se creusent

Et les fourmis dans le gruyère

Bourdonnent.

 

Si le corps se tait

C'est qu'il est corseté

Mais les sangles qui le figent

Sont

Horriblement confortables.

Fonds de poche

Des îlots bleus

Qui m'iraient comme un gant

Des rêvasseries sonores

A exalter

Sous ma plume fleurie

Des petits jours levés

Sur des temps abondants

Des silences sculptés

Au gré

Des retours de mémoire

Des houles qui se forment

Gonflent

Et s'épuisent

A la magie du mot

Des certitudes claquemurées

Se liquéfiant

Dans la chair des volcans

Des pacotilles divinisées

Comme du temps de l'enfance

Des rires pour des riens

Et des cris étirés

A la forme des dunes

Comme elles

Puissants et fragiles

Des couleurs de baisers

Chaudes et capiteuses

Dansent

Dansent...

 

L'air est marin

Le soleil est à l'est

Aujourd'hui est à vivre.

Lâcher prise

En attendant la vague

Décolle patiemment tes pieds de glu

De la pierre qui t'a vu naître

Et grandir.

D'un regard circulaire

Cerne

La géographie de ton désir

A deux pas

A mille ans des chiens de guet

Dont tu n'as cure.

 

En attendant la vague

Le soleil brûlera

Ta peau serpentine

La douleur sera là

Vivante et tenace

Comme au premier et dernier jour.

Tu lâcheras des mots étranges

Rebonds de pierre lunaire

Senteurs de tripes

Vomissures écarlates

Sous l’œil absent d'un ciel d'acier.

 

En attendant la vague

Tu souriras à ceux que tu aimes

Tu leur diras 

Que le temps est décidément bien long

Qui te sépare de toi

Que le cœur est à vif

Que tu as peur du voyage

A leur tour ils te souriront.

 

Quand forcira la vague

Elance-toi

Homme de chair et de désir

Et lâche-toi

Dans les courants élastiques.